Les services techniques reçoivent un devis de remplacement point pour point du parc d’éclairage public: même emplacement, même hauteur, même puissance, lanterne LED à la place de la lanterne à décharge. Le dossier semble simple, il passe en commission, et la commune se retrouve avec une installation neuve qui reproduit exactement les défauts de l’ancienne.
Ce réflexe du remplacement à l’identique coûte cher deux fois: à l’investissement, parce qu’on achète de la puissance inutile, et à l’exploitation, parce qu’on la paie ensuite chaque nuit.
Classer les voies avant de choisir les luminaires
Un parc communal n’est pas homogène. Une traversée de bourg, une rue résidentielle, un parking de salle des fêtes et un chemin piéton longeant une école n’appellent ni le même niveau, ni la même grandeur de contrôle.
La première partie de la série EN 13201 donne la méthode de sélection des classes d’éclairage. Elle repose sur des paramètres objectifs: vitesse autorisée, densité de trafic, présence de piétons et de cyclistes, difficulté de navigation, véhicules en stationnement, éclairement ambiant du secteur.
Ce travail de classement se fait sur plan, avec les élus et les services techniques, avant toute consultation de fournisseur. Il transforme une liste de points lumineux en un document exploitable dans un cahier des charges.
Ce que la série EN 13201 apporte au dossier
La série distingue trois grandes familles de classes, qui ne se mesurent pas avec la même grandeur physique. Confondre les deux premières familles conduit à des consultations où les offres ne sont pas comparables.
Famille de classes | Grandeur retenue | Usage visé |
|---|---|---|
Classes M, de M1 à M6 | Luminance moyenne de la chaussée, exprimée en candelas par mètre carré | Voies à trafic motorisé, vitesses moyennes à élevées |
Classes C, de C0 à C5 | Éclairement horizontal moyen | Zones de conflit: carrefours, giratoires, passages piétons |
Classes P, de P1 à P6 | Éclairement horizontal moyen et éclairement minimal | Zones piétonnes et cyclables, voies résidentielles |
Les autres parties de la série complètent le dispositif: méthodes de calcul des performances, méthodes de mesure sur site et indicateurs de performance énergétique. Ces indicateurs sont précieux dans un dossier communal, parce qu’ils permettent de comparer deux projets sur une base autre que le prix de la lanterne.
Sortir du remplacement à l’identique
Le surdimensionnement d’un parc ancien vient rarement d’un excès de flux à la source. Il vient de la manière dont ce flux était réparti: une lampe à décharge dans une vasque bombée envoie une part importante de sa lumière au-dessus de l’horizontale et sur les façades, et il fallait donc beaucoup de lumens pour obtenir le niveau utile sur la chaussée.
Une optique LED dirige le flux vers la surface à éclairer et couvre la même largeur de voie avec une puissance installée sensiblement inférieure. Reproduire l’ancienne puissance revient à annuler ce bénéfice et à créer des surintensités locales, avec les nuisances qui vont avec.
Le travail utile consiste donc à recalculer l’interdistance, la hauteur de feu et le type d’optique à partir de la classe retenue pour chaque voie. Sur certains linéaires, la conclusion est qu’un point sur deux suffit; sur d’autres, elle est qu’un mât mal placé doit être déplacé plutôt que rééquipé.
Températures de couleur et limitation des nuisances lumineuses
L’arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses encadre l’éclairage extérieur. Il fixe une température de couleur maximale pour les installations neuves, abaissée dans les espaces naturels protégés et les sites d’observation astronomique.
Il encadre également la proportion de flux émise au-dessus de l’horizontale, ce qui exclut de fait les lanternes à vasque bombée non maîtrisée. Ces deux exigences se vérifient sur la fiche technique du produit, avant la consultation, et se rappellent explicitement dans le cahier des charges.
La question des teintes est aussi une question d’acceptabilité locale. Une teinte chaude est mieux perçue en centre ancien et en zone résidentielle, et elle limite la gêne pour la faune nocturne le long des corridors écologiques.
Abaissement nocturne et extinction partielle
Une fois les niveaux justes retenus, le levier suivant est le régime horaire. L’abaissement de puissance en milieu de nuit se programme au niveau du driver, par profil horaire autonome ou par horloge astronomique, et se règle voie par voie plutôt que sur l’ensemble du parc.
L’extinction complète en coeur de nuit relève d’une décision politique locale, prise par arrêté municipal au titre du pouvoir de police du maire. Elle demande une communication préalable, une signalisation adaptée et un examen des points sensibles: abords d’établissements recevant du public, carrefours, arrêts de transport, cheminements vers les logements.
Un parc rénové offre l’avantage de rendre ces arbitrages réversibles. Un abaissement paramétrable permet d’ajuster le profil après quelques mois d’exploitation, sans nouvelle intervention sur les mâts.
Mâts, crosses et reprise des supports existants
La lanterne représente la partie visible du projet, mais le support conditionne la sécurité et la durée de vie de l’installation. L’état des massifs, la corrosion en pied de mât et la tenue des crosses se contrôlent avant toute décision de réemploi.
Un mât conservé impose sa hauteur de feu et sa position, donc contraint fortement le calcul photométrique. Un mât déposé libère le calcul mais ajoute une ligne de génie civil au chiffrage, et cet arbitrage se fait tronçon par tronçon.
Le même examen vaut pour les armoires de commande, les protections et l’état du réseau. Une rénovation qui laisse en place une armoire vétuste reporte simplement la panne de quelques saisons.
Phaser la rénovation sur plusieurs exercices budgétaires
Peu de communes financent la reprise complète d’un parc sur un seul exercice. Le phasage se construit par classe de voie et par secteur cohérent, de façon à éviter les ruptures visuelles au milieu d’une rue et à traiter en priorité les linéaires où l’écart avec la classe cible est le plus fort.
Ce phasage suppose un état des lieux consolidé: inventaire géolocalisé des points, puissances, hauteurs, types d’optique, état des supports. C’est exactement le livrable d’un audit d’éclairage mené sur le terrain, qui sert ensuite de base à toutes les tranches suivantes.
Les scénarios se vérifient par le calcul avec l’appui d’un bureau d’études éclairage, sur les mêmes principes que ceux appliqués dans nos autres solutions d’éclairage par secteur. Côté matériel, les gammes de lanternes d’éclairage extérieur et de voirie et de luminaires pour voies de circulation couvrent les classes usuelles d’un parc communal.
Pour engager le classement des voies de votre commune et chiffrer la première tranche, demandez une visite de votre parc.



